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La médecine chinoise, un art millénaire au service des défis d’aujourd’hui

Image d'une collection de plantes à usage thérapeutique de la médicine chinoise

La pharmacopée est une branche primordiale de la médecine chinoise.

Si elle est classée en France dans le domaine des « médecines complémentaires », la médecine traditionnelle chinoise est pourtant un système médical à part entière. En parallèle de la médecine occidentale, elle a défini au fil des siècles un système complexe de compréhension de la physiologie, une méthode de diagnostic et de traitement des maladies très élaborée.

Enracinée dans la culture orientale emprunte de taoïsme et de confucianisme, elle replace l’homme au sein de son environnement. Il y a déjà 2500 ans, elle soulignait déjà l’importance de l’alimentation, de la respiration mais aussi des émotions dans la fabrication et la guérison des maladies.

Forte de son héritage millénaire, elle a su s’adapter aux changements de modes de vie et aux pathologies issues de la modernité. Aidant à faire disparaitre les désagréments de la ménopause ou encore l’envie de fumer, elle trouve aujourd’hui sa place dans les hôpitaux pour accompagner les chimiothérapies ou les analgésies.

Comment fonctionne cette médecine issue d’une autre culture ? A quel point est-elle répandue aujourd’hui ? Quels sont les troubles dont elle peut vous soulager sans risques ni effets secondaires ?

Omyzen vous fait découvrir cette médecine aux mille vertus.

L’implantation de la médecine chinoise aujourd’hui

En France, des applications de plus en plus nombreuses

La Médecine chinoise en France, c’est actuellement plus de 6000 praticiens en activité et 10 000 étudiants en cours de formation. Si des médecins généralistes ou des sages-femmes la pratiquent légalement en complément de leur formation classique, les praticiens qui en ont fait leur outil thérapeutique exclusif sont des non médecins. Bien que toléré, cet exercice n’est pas encore reconnu en France.

Les résultats sont pourtant là et cette discipline a fait ses preuves dans la prise en charge des  douleurs chroniques, des rhumatismes,  des maladies de peau, ou encore des états dépressifs. Les effets de l’acupuncture ont été démontrés dans plus de 300 affections. En 1980, l’OMS reconnaissait son efficacité sur 43 maladies.

Médecine curative mais aussi préventive, bien appliquée elle ne représente aucun risque et ne produit pas d’effets secondaires. Ces atouts en font une méthode thérapeutique de plus en plus demandée en France. Des démarches cliniques sont donc en cours dans le milieu hospitalier et universitaire pour voir comment l’intégrer à la médecine occidentale. Ainsi, dans le Centre Intégré de médecine chinoise de la Pitié-Salpêtrière, on l’utilise pour atténuer les effets secondaires des traitements contre le cancer et pour accompagner les patients qui ont subi un AVC.

Une  médecine bien instituée dans le monde

En Chine et en Asie du sud-est, c’est le système universitaire et hospitalier qui encadre la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC). Des instituts et hôpitaux exclusivement réservés à la Médecine Traditionnelle sont implantés partout et chaque hôpital allopathique a un service de M.T.C. En plus des patients locaux, des milliers d’étrangers viennent y faire du tourisme médical. En effet, certains soins y sont plus intéressants ou abordables qu’en Europe. En réponse à cet engouement, au cours des dernières années des centres de MTC ont ouvert dans une vingtaine de villes en Europe, dont récemment à Barcelone.

En effet, si en France, la médecine chinoise est encore en manque de reconnaissance, dans d’autres pays d’Europe, les hôpitaux l’ont intégrée depuis longtemps. Elle est reconnue juridiquement en Finlande, en Norvège, en Allemagne, Suisse, Danemark, Royaume-Uni, Irlande, Pays-bas, Belgique, Suisse, Portugal. En Suisse,  la pratique est très répandue. La plus grosse association professionnelle, SBO-TCM, gère plusieurs milliers de praticiens. Aux Etats-Unis, la situation varie selon les Etats, la pratique par les non médecins peut être libre ou contrôlée.

Une notoriété internationale en pleine émergence

En 2015 le médecin chinois Youyou Tu a reçu le prix Nobel de médecine. Il a démontré les propriétés antipaludiques de l’artémisinine, une plante issue de la pharmacopée chinoise. Ce prix a mis en valeur les applications que pouvaient avoir la pharmacopée chinoise au niveau mondial.

Cette fin d’année 2018 est également marquée par un grand pas. L’Organisation Mondiale de la Santé vient d’adopter officiellement la médecine chinoise. En effet, elle vient d’annoncer qu’elle allait intégrer la pharmacopée chinoise dans la 11e version de la CIM (Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexe). L’ensemble des  États membres de l’OMS l’appliqueront d’ici 2022. Cela signifie que pour la première fois, des données de la médecine traditionnelle entreront dans le catalogue des moyens thérapeutiques disponibles préconisés pour les médecins du monde entier. Une grande avancée avec des applications prometteuses.

 

Histoire de la médecine chinoise, un art ancestral

Une pratique qui remonterait au Néolithique

On a coutume de dire que la médecine chinoise a 2500 ans. En effet, le Huang Di Nei Jing ou Classique de l’Interne de l’Empereur Jaune, ouvrage fondamental exposant tous les systèmes de points et leurs applications, a été écrit environ 475 ans avant JC. Cependant, la théorie de la médecine chinoise s’étant élaborée au fil des siècles à partir d’expériences cliniques, son histoire est bien plus ancienne.

La découverte de  « l’homme des glaces » Otzi, pourrait laisser à penser que ce type de traitement était connu bien avant. En effet son corps est marqué d’une soixantaine de points et de traits, dont 80% correspondent à des points d’acupuncture. Les points choisis sont traditionnellement utilisés pour soulager les rhumatismes, pathologie dont cet homme soufrait. Or cet homme aurait vécu il y a environ 3255 avant JC. Des archéologues ayant découvert des  pointes en pierre qui servaient manifestement d’aiguilles supposent même que  l’origine de l’acupuncture remonterait à la période du Néolithique.

Un art qui n’a cessé de s’affiner

En Asie, c’est à partir de la fondation de la République Populaire de Chine que la discipline a connu un essor. Des recherches cliniques ont permis d’approfondir l’étude des causes des maladies et de leurs traitements au moyen d’outils comme l’acupuncture.

Au fur à mesure des décennies, cet art du soin continue d’évoluer et de s’adapter aux évolutions de la société. Le monde de la recherche en médecine chinoise est très actif pour explorer comment soigner les maladies du monde moderne notamment en cancérologie. De nouvelles méthodes d’acupuncture ont dernièrement vu le jour comme l’électro-puncture, la méso-puncture ou encore la stimulation des points par laser.

Quels sont les grands principes de fonctionnement de la médecine chinoise ?

La théorie sur laquelle repose la médecine chinoise se base sur l’observation des phénomènes naturels. Les anciens ont tout simplement constaté que le jour succède à la nuit, qu’il faut du bois pour faire du feu, que l’eau a tendance à s’écouler vers le bas, que la fièvre amène une accélération du pouls ou encore que l’hivers la nature hiberne. De cette observation simple et minutieuse, ont découlé les grandes lois qui régissent la médecine chinoise.

Le Yin et le Yang

Ces concepts servent à classer tout ce qui existe en deux catégories qui s’opposent, se complètent, se modèrent, croissent et décroissent, dans un mouvement vital  de perpétuelle d’interdépendance. Ainsi, la nuit est nuit parce que le jour est jour et l’un laisse place à l’autre sans discontinuer.

Le Yin désigne ce qui est froid, sombre, lourd, consistant, immobile. On y associe la nuit, l’hiver, l’intériorité, les mouvements descendants. A l’opposé, le Yang renvoie à ce qui est léger, chaud, qui s’élève. Tout ce qui existe aussi bien dans la nature que dans le corps  ou les activités humaines est classable en Yin ou en Yang. C’est la relation d’engendrement et d’interdépendance entre ces deux polarités qui caractérise la vie. Ainsi, la séparation du Yin et du Yang correspond à la mort.

Image illustrant le Ying et le Yang

Le Yin et le Yang, deux principes opposés et complémentaires, en perpétuel mouvement.

Le dessin bien connu du TaiJi ne doit pas être compris comme quelque chose de fixe mais comme un arrêt sur image, d’une réalité de vie en mouvement constant : l’expiration suit l’inspiration, l’été succède au printemps,  l’excrétion suit la digestion, le réveil vient rompre le sommeil, etc…

Ces concepts de Yin et de Yang sont utilisés pour décrire le corps humain (les organes sont yin, les viscères sont yang, le sang est yin, le Qi est Yang, etc…) et pour comprendre les maladies. Ainsi, on dit d’une maladie qu’elle est Yin ou Yang. Tant que l’équilibre est là, l’individu est en bonne santé. Si le Yin ou le Yang devient excessif ou déficient, la maladie est là. La manière de la traiter sera donc de rétablir cet équilibre.

Les cinq éléments

Si l’homme est considéré comme indissociable de son environnement, ancré entre Ciel et Terre,  tout ce qui existe dans l’univers  se retrouve également en lui. Les 5 éléments constitutifs de tout qui est dans la nature se retrouvent donc dans le corps humain. L’eau avec les liquides organiques et le sang, l’air avec la respiration, le feu avec l’activité électrique du système nerveux, etc…

Image illustrant les 5 èlèments

La roue des 5 éléments montrant les cycles d’engendrement et de contrôle.

L’harmonie physiologique du corps humain se reflète dans cette roue des 5 éléments. Chaque élément engendre le suivant et il est engendré par celui qui le précède. Chaque élément en contrôle un autre, est modéré par un troisième. Par exemple l’eau est nourrie par le métal (minéralisation), elle permet la croissance du bois, elle peut éteindre le feu mais elle est aussi être contrôlée par lui (évaporation).

A chaque élément sont associés des organes, des méridiens, des émotions, des tissus, des sens, et ce sont les mêmes principes qui  les régissent. Encore une fois quand l’équilibre est préservé, c’est la santé physique et psychique. Si un élément vient à être en excès ou en déficience, cela se répercute sur tous les autres et le trouble apparait.

Le Qi

Le Qi est défini comme une substance vitale en perpétuel mouvement. Dans la pensée chinoise, bien qu’invisible, il est la manifestation et le support de la vie. Il est parfois comparé à la vapeur d’eau qui se dégage d’un plat, invisible et néanmoins porteuse du parfum du plat, sa quintessence. Le Qi circule librement dans le corps à travers tous les méridiens, apportant protection, chaleur et force de propulsion. Quand il est bloqué ou entravé c’est alors que la douleur apparait, que l’organe dysfonctionne. Le travail du thérapeute consistera alors à « faire circuler le Qi » ou encore à « tonifier le QI », à l’aide de ses aiguilles, de plantes ou encore de massages.

Les méridiens

Illustration des méridiens de la médicine chinoise

Les textes anciens dénombrent 365 points d’acupuncture.

Les méridiens sont décrits comme des réseaux de circulation de l’énergie. Parcourant tout le corps, ils relient entre eux tous les organes, mettant en lien l’intérieur et l’extérieur du corps. Il existe 12 méridiens principaux, auxquels sont associés des organes, des entrailles et des propriétés physiologiques. Ce système est comparable à un réseau routier,  avec des croisements,  des axes principaux et des routes secondaires, reliant entre elles des grandes villes (organes, cerveau…). Les points d’acupuncture sont comme des entrées ou sorties d’autoroute, ils permettent de pénétrer le méridien pour y envoyer une information énergétique qui voyagera jusqu’à l’endroit qui en a besoin. Comme sur la route, il peut y avoir des ralentissements, des bouchons, des accidents (lésions). L’action du médecin chinois consistera à rétablir une circulation harmonieuse de l’énergie dans les méridiens.

Des explications scientifiques ?

Si les résultats thérapeutiques sont là, il n’existe actuellement pas de preuves « scientifique » de l’existence des méridiens ou du Qi, les concepts sur lesquels reposent la médecine chinoise. Pour expliquer l’effet analgésique des aiguilles, les chercheurs occidentaux émettent plusieurs hypothèses. Pour certains, l’introduction d’aiguilles entrainerait la libération d’endorphines, une substance chimique inhibant la douleur au niveau du cerveau. Pour d’autres, les aiguilles viendraient agir au niveau du filet nerveux, les méridiens suivant les grands réseaux des nerfs. Le stimuli serait transmis au niveau du système nerveux central, ce qui réduirait la sensation de douleur.

Les différents outils de traitements de la médecine chinoise

On a tendance à assimiler la médecine chinoise à l’acupuncture. En réalité il ne s’agit là qu’un des moyen de traitement parmi plusieurs autres.

L’acupuncture et la moxibustion

Une séance d'acupuncture

Le travail de l’aiguille amplifie l’efficacité de l’acupuncture.

Cela consiste à agir sur des points et des trajets de méridiens soit avec des aiguilles soit avec la chaleur des moxas (cigares d’armoise). Mais il ne s’agit pas seulement d’enfoncer une aiguille. Le thérapeute va « saisir le Qi » afin d’agir sur l’ensemble du méridiens. La manière dont il va poncturer, la combinaison des points et le temps de pose qu’il choisit vont avoir pour effet de tonifier ou de disperser l’énergie en fonction du principe de traitement approprié.

La pharmacopée et la diététique chinoise

Le thérapeute conseille des compléments alimentaires à base de plantes et de minéraux. Il indique quel régime alimentaire est adapté pour réguler l’organisme, quels types d’aliments sont à éviter ou à privilégier. Là encore, chaque substance comestible est classée selon sa nature (froid, frais, neutre, tiède et chaud), sa saveur (acide, douce, amère…) et son action (dispersante, tonifiante…). Son absorption aura des effets bénéfiques ou nuisibles sur l’organisme. Par exemple, les yaourts sont dits de nature froide et humide. La rate qui gère la digestion et qui supporte mal l’excès d’humidité froide, sera lésée quand on mange trop de yaourts. La cannelle, qui est de nature chaude, aidera à réchauffer l’organisme après un coup de froid.

Comme dans la médicine antique (Hippocrate ?) l’aliment est considéré comme un médicament. L’art de bien se nourrir est appelé « diétothérapie », c’est un des outils préventifs de cette médecine. Quand l’alimentation ne suffit pas à rétablir un équilibre perturbé, intervient la pharmacopée. Il s’agit d’une thérapeutique très élaborée, où les plantes s’associent pour se renforcer ou se modérer, dans des formules très précises. Traditionnellement les recettes sont adaptées à chaque patient et les dosages sont ajustés au jour le jour en fonction de l’évolution de la maladie. En France, les produits de pharmacopée sont facilement accessibles grâce à un conditionnement en gélules comme tout autre complément de phytothérapie.

Le massage Tuina et la médecine manuelle

Le Tuina est une technique de massage ancestrale qui vise à rétablir l’équilibre du corps. Le praticien va dénouer les tensions musculaires à l’aide de frictions ou encore de percussions afin de permettre une bonne circulation de l’énergie. Il travaille sur les trajets de méridiens et stimule les points en acupression. La stimulation des points de la première chaine de la Vessie notamment, va permettre d’harmoniser tous les organes vitaux.  Il existe environs 300 mouvements différents classés en fonction de leurs applications thérapeutiques. Effectués avec plus ou moins de pression, ils vont tonifier ou disperser le Qi.

Le terme médecine manuelle, désigne l’ensemble des manipulations visant à normaliser le système ostéo-articulaire. Au moyen de tests, le praticien va repérer les causes des douleurs et des troubles de la mobilité. Par des  mobilisations appropriées il va ensuite régulariser les muscles et le squelette.

Disposant de tous ces différents moyens de traitement, le thérapeute en médecine chinoise va donc pouvoir traiter une infinité de troubles, qu’ils soient aigus ou chroniques, internes ou locomoteurs. Qu’il utilise les aiguilles, les plantes ou ses mains, les principes de diagnostic et de traitement seront les mêmes. Ils se basent sur des lois fondamentales qui permettent d’appréhender les maladies les plus complexes et nouvelles.

Certaines écoles ajoutent aux méthodes de soin de la médecine chinoise la pratique du Qi Gong thérapeutique. Pour en savoir plus, Omyzen vous recommande l’interview de Magali Poirier : Les bienfaits du Qi Gong pour les thérapeutes alternatifs.

A lire aussi : La médicine chinoise : pour quoi? comment?

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