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Choisir le lieu d’exercice: cabinet ou domicile ?

Vous en rêviez et le grand moment approche enfin : vous allez vous installer et devenir thérapeute libéral. C’est excitant mais vous devez répondre à de nombreuses questions très concrètes: choisir le lieu d’exercice, fixer votre tarif, créer – ou pas – un site internet … ?

Dans cette série d’articles, je partage avec vous mon expérience personnelle ainsi que les nombreux retours d’expérience de mes collègues. Le premier article de cette série concerne spécifiquement le choix du lieu d’exercice avec cette question classique: louer un cabinet à l’extérieur ou commencer à recevoir à domicile ?

C’est une question effectivement importante. Et même s’il n’existe pas de « recette » magique, je partage avec vous quelques sujets de réflexion pour vous aider dans votre décision.

Pourquoi je vous déconseille de recevoir à domicile

Un cabinet coûte plusieurs centaines d’euros par mois ce qui représente – surtout au début – un énorme investissement. La recherche peut être longue et vous ne savez peut-être pas exactement ce qu’il vous faut … alors vous demandez-vous : pourquoi ne pas recevoir dans un premier temps à domicile ? Après tout cela présente de nombreux avantages : la rapidité d’installation, une proximité très pratique, la gratuité, etc.Cette solution du « cabinet à domicile » est donc logiquement très tentante pour de nombreux débutants.

Pourtant, la plupart de ceux qui ont tenté cette expérience en sont rapidement revenus. Voilà les inconvénients principaux qu’ils ont rencontré:

  • Le manque de crédibilité:les thérapies alternatives traînent déjà une image d’amateurisme voir de charlatanisme qui peut être facilement renforcée par le fait de recevoir à domicile. Surtout lorsque le patient est obligé de traverser votre salon jonché de jouets d’enfants avant d’aller s’installer dans cette petite pièce du fond de la maison … Un problème qui n’existe pas si vous avez une pièce avec une entrée séparée ce qui vous permettra de vous prémunir de ce genre de risques.
  • L’isolation phonique : cette contrainte est à prendre très au sérieux. On l’associe souvent uniquement au risque d’un environnement bruyant qui viendrait perturber la séance. Mais j’ai déjà planté une séance silencieuse parce que mon patient craignait d’être entendu par un tiers. Une pièce à côté de votre salon témoin des aller-retours de votre conjoint est donc également à proscrire.
  • Le cloisonnement entre votre vie perso et votre vie pro:à la maison, nous avons toujours tendance à être rattrapé par des tâches quotidiennes. Ces tâches peuvent vous déconcentrer et rapidement empiéter sur le temps consacré au développement de votre activité. Donc à moins d’être particulièrement rigoureux(se), attention à la dispersion !
  • Le cadre de la thérapie: il est important de conserver un cadre thérapeutique clair dans lequel votre intimité n’a aucune place. Passer devant un mur recouvert de vos photos de familles, voir un patient commenter les titres de votre bibliothèque … tout cela n’est pas adéquat dans la plupart des thérapies.
  • L’impact sur le processus de transfert:le transfert, ce mot vous dit forcément quelque chose. C’est ce mécanisme qui a été étudié par la psychanalyse et qui est considéré comme indispensable au processus thérapeutique. Il permet au patient de projeter sur son thérapeute des sentiments refoulés ce qui lui permet de les revivre, de les conscientiser pour mieux s’en débarrasser. La neutralité du thérapeute favorise cette mécanique. Recevoir à son domicile est dans ce contexte fortement contrindiqué.
  • Une limite à votre engagement:recevoir à son domicile et ne pas prendre de cabinet peut nuire à votre motivation. Une étude de psychologie a en effet démontré que lorsque nous avons un « plan B » (dans ce cas le fait de ne pas payer de loyer), et bien nous avons statistiquement moins de chance de réaliser le « plan A ». La prise de risque est un puissant facteur de motivation intrinsèque qui maximise vos chances de réussite.

Voilà pour le verre à moitié vide. Par ailleurs s’installer en cabinet peut vous apporter de très nombreuses opportunités notamment lorsque plusieurs cabinets sont regroupés.

Les regroupements de cabinet ou les cabinets partagés: faites jouer les synergies

  • Sortir de la solitude: être entouré de thérapeutes qui sont dans la même situation que vous permet de discuter, de se changer les idées, de se soutenir ou de partager des informations utiles  …  Ne sous-estimez surtout pas cet apport essentiel à votre motivation et à votreéquilibre psychologique. Ce n’est pas évident d’être seul toute la journée quand on enchaîne les séances « chargées ». Par ailleurs – et c’est le cas dans toute création d’entreprise – le fait de pouvoir échanger sur votre activité et vos difficultés améliore significativement vos chances de succès.
  • Le partage de clientèle:vous pourrez facilement envoyer un patient à votre collègue qui exerce une discipline complémentaire et qui n’hésitera pas à vous rendre la pareille …  Par ailleurs les patients de vos collègues verront votre plaque, pourront lire votre flyer en salle d’attente … ils seront donc naturellement plus en confiance pour venir vous consulter puisque vous être indirectement « associés » à un lieu et à un thérapeute qu’ils connaissent déjà. Là encore ne sous-estimez pas cet apport qui sera très souvent la source de vos premiers clients.
  • La crédibilité: comme nous l’avons évoqué plus haut, si vous recevez en cabinet, avec une plaque professionnelle au mur, entouré d’autres thérapeutes, vous bénéficierez naturellement d’une crédibilité souvent décisive dans le choix de vosfuturs patients de vous consulter.

S’installer dans un cabinet individuel ne permet pas de faire jouer ces synergies mais présente d’autres avantages très intéressants.

Le cabinet individuel: l’avantage de la personnalisation

  • Vous n’avez pas les contraintes du « voisinage ». Au sein des cabinet partagés, j’ai déjà entendu des histoires plutôt surprenantes de comportement de thérapeutes arrachant les affiches de leurs collègues qu’ils considéraient comme des « concurrents » …
  • L’effet « pas de porte »:si vous prenez la suite d’un thérapeute (surtout dans la même discipline que vous), vous bénéficierez indirectement de sa clientèle … et de sa réputation ! (renseignez-vous bien avant de vous engager)
  • La possibilité de choisir sa zone d’implantation: située par exemple en pleine centre ville alors que vous habitez à la campagne, possédant des facilités d’accès (parkings, transports en commun) … Je vous conseille à ce propos de bien vous renseigner avant de choisir votre zone d’implantation: attention notamment aux zones désertées par les thérapeutes … cherchez à savoir si il n’y pas une bonne raison à cela !
  • La personnalisation:vous êtes seuls, vous allez donc pouvoir aménager votre cabinet très exactement comme vous l’entendez. C’est important aussi de se sentir bien dans son lieu de travail.
  • La crédibilité: en cabinet individuel vous n’êtes pas entouré d’autres cabinets. Il est donc crucial pour vous d’accentuer volontairement votre image de sérieux et de « professionnel de la santé » par le choix des magazines mis à disposition, des affiches, des flyers d’information, en affichant vos diplômes au mur et en recouvrant vos étagères de livres très épais et très sérieux … Cela peut sembler superficiel mais vous rendez en réalité un grand service à vos patients en leur faisant profiter à fond de l’effet placébo directement corrélé à la perception que les patients peuvent avoir de leur médicament … ou de leur thérapeute ! Vous avez sans doute entendu parler de ces études qui ont constaté que la taille et la couleur des placébos jouaient un rôle dans leur efficacité !? Et bien pour les thérapeutes et les cabinets c’est pareil : une étude a ainsi montré que le costume-cravate était la tenue la plus « efficace » … et Milton Erickson disait que la célébrité lui avait grandement facilité la tâche avec ses patients pour les mêmes raisons.

En résumé …

Ne choisissez l’option « domicile » que si:

  • la pièce de consultation est bien isolée du reste du logement : accès séparé, isolation phonique notamment. Elle ne doit pas permettre au patient de rentrer dans votre intimité surtout si vous exercez dans des disciplines touchant à la « psychologie » des patients
  • vous êtes une personne plutôt rigoureuse : vous gèrerez plus facilement la séparation entre votre vie privée et votre vie pro
  • vous n’êtes pas isolé(e) socialement : le métier de thérapeute est un métier solitaire ou vous êtes largement confrontés à la souffrance humaine … croyez-moi, vous aurez besoin de soutien surtout à vos débuts !

J’espère sincèrement que ces quelques éléments vous aideront dans ce choix important et très personnel.

J’ai oublié certains points ? Vous n’êtes pas d’accord ? Vous avez une expérience à partager ? Des questions spécifiques à poser ? Utilisez les commentaires sous l’article pour échanger avec la communauté des thérapeutes.  Omyzen a été créé pour vous et c’est votre espace, alors occupez-le !

PS : certains m’ont posé la question du déplacement au domicile des patients. Pour moi cette solution est sans doute l’une des pires sauf bien sûr en cas de mobilité réduite du patient. En effet pour un patient le fait de sortir de son contexte quotidien, de rencontrer un tiers « neutre » sur un terrain « neutre », de participer à une forme de « rituel » de soin en se rendant au cabinet sont autant d’éléments essentiels à l’efficacité thérapeutique dont vous prive en grande partie cette solution … Je vous la déconseille donc fortement.

À propos de l'Auteur

Julien est co-fondateur de Omyzen. Il exerce une activité d’hypnothérapeute dans le Sud de la France et anime des stages, des formations autour de la méditation de Pleine Conscience, de la thérapie ACT et de la thérapie des schémas. Il est aussi passionné par « l’entrepreneuriat du coeur » ce qui l’a amené à créer Omyzen

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