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Relations patients/thérapeute : tutoiement ou vouvoiement ?

L’efficacité d’une thérapie alternative dépend beaucoup de la relation qui s’établit entre le thérapeute et son patient. Une relation qui se construit principalement par l’échange verbal, les mots pouvant être de véritables outils thérapeutiques. Dans ce contexte, le choix du tutoiement ou du vouvoiement peut devenir primordial. Quels sont les enjeux de ces petits mots qui en disent long sur une relation ? Comment les choisir à bon escient en fonction du contexte et de la nature de la thérapie ?

Le vouvoiement maintient la distance thérapeutique

Ordinairement, le vouvoiement est d’usage dans un cadre professionnel  ou lors d’une rencontre conventionnelle, il exprime le fait de ne pas appartenir au même groupe. C’est une marque de politesse, de respect mutuel. A la manière de l’uniforme, il représente une sorte de bouclier contre les abus et les dépassements de limite. Vouvoyer permet d’assoir votre position de thérapeute, de maintenir une distance respectueuse et de renforcer votre sérieux, votre crédibilité.

Pour une personne qui est en manque de repères et/ou qui a du mal à parler d’elle, même à ses proches, le fait de vouvoyer son thérapeute peut aussi lui offrir un cadre sécurisant au sein duquel s’exprimer. Ce code langagier fixe un cadre à respecter au même titre que l’horaire ou le tarif de la consultation. Pour approfondir ce sujet, vous pouvez aussi lire Comment poser un cadre thérapeutique sérieux et sécurisant ?

Pour certains thérapeutes le vouvoiement est une barrière à ne pas franchir, un mécanisme de défense qui permet d’être moins dans l’émotionnel et de rester dans l’analyse, à l’écoute de situations parfois très difficiles.

Mais le vouvoiement peut aussi devenir une armure qui empêche la personne de se livrer intimement. C’est pourquoi le tutoiement a aussi ses avantages.

Le tutoiement peut favoriser l’alliance thérapeutique

Certaines personnes auront du mal à exprimer leurs émotions et à parler de leur vie privée en restant sur un mode de communication qui leur parait impersonnel. Le tutoiement crée alors une proximité qui peut aider la personne à se sentir en confiance. Il situe l’échange au niveau d’une rencontre authentique et égalitaire, sans masque ni parade et favorise la simplicité et l’honnêteté des échanges. Cette proximité permet de tisser  un  lien  différent  avec  ses  patients,  d’établir un contexte chaleureux, qui facilité parfois  la  prise  en  charge ou permet de fidéliser sa clientèle.

Freud recommandait le vouvoiement systématique  et considérait qu’un « tu » qui s’échappait était comme un acte manqué. En effet, le tutoiement nous renvoie à la famille, à la communauté, aux groupes amicaux. Cette familiarité peut donc  exprimer que la personne se sent en confiance,  mais aussi révéler un mécanisme de transfert. Quel rôle jouez-vous à travers votre place d’écoutant : la copine confidente, le frère complice, la bonne mère, le père rassurant ?

En psychanalyse, ce mécanisme de transfert étant un outil clé de la thérapie, si le tutoiement inopiné le révèle, on peut aussi choisir de le proposer volontairement, pour justement favoriser le transfert.

Si c’est le thérapeute qui fait ce glissement involontaire, cela peut être interprété comme une défaillance dans le cadre thérapeutique. L’envie de tutoyer un patient est à questionner : est-ce qu’on se sent beaucoup d’affinité avec cette personne ? N’est-on pas en train de sortir de son rôle ?

Attention toutefois, certaines personnes peuvent croire qu’on leur manque de respect si on les tutoie. Le tutoiement implique qu’on se considère d’égal à égal. Cela peut aussi créer un trouble dans la relation, si vous employez le « tu » certaines personnes ne savent plus à qui elles s’adressent, un copain ? un parent ?

S’adapter à l’âge, à la culture, au contexte thérapeutique

Tutoiement comme vouvoiement sont d’abord des marqueurs de codes relationnels et sociaux. La culture d’un pays peut faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre, toute la question est de savoir s’y adapter. En Afrique du nord le « tu » est de rigueur et le « vous » peut être perçu comme une marque de rejet. En Espagne également, on se tutoie dans le milieu professionnel. Ne soyez donc pas surpris si un patient vous tutoie, c’est peut-être juste son référent culturel à lui.

Le langage s’adapte également à l’âge de vos patients. Si le tutoiement est beaucoup plus pertinent pour travailler avec les enfants, utilisez-le avec précaution auprès des adolescents, car ils pourraient se sentir infantilisés.

Pour des thérapies qui utilisent différents registres de communication, il peut y avoir des allers-retours entre tutoiement et vouvoiement. Ainsi au cours de leur séance, certains hypnothérapeutes utilisent le « vous » avec le conscient et le « tu » avec l’inconscient quand la personne est en état hypnotique.

Dans les démarches psycho-corporelles intégrant des pratiques en groupe, le tutoiement est plus approprié pour faciliter  les contacts corporels, les jeux de rôle et les échanges émotionnels. Les praticiens utilisent alors le tutoiement pendant ces ateliers de groupe mais ils reprennent le vouvoiement lors des séances individuelles pour bien marquer la différence de situations.

Le manque de réciprocité : quand l’un dit « tu » et l’autre « vous »

Généralement, quand une personne tutoie quelqu’un qui la vouvoie, cela signe un rapport dominant/dominé. Celui qui dit  « tu » ayant pris le pouvoir sur l’autre. On retrouve ce langage bancal dans la hiérarchie des entreprises par exemple. Il est donc mal venu de tutoyer un patient qui vous vouvoie.

Un patient peut vous tutoyer et que vous décidiez de rester dans le vouvoiement pour maintenir une distance. Cela marque un rapport déséquilibré : le patient se sent plus proche de vous, que vous de lui. Si le fait de vous dire « tu » l’aide à s’exprimer, vous pouvez le laisser faire, mais si c’est un moyen de prendre le pouvoir et de vous décrédibiliser, repositionnez les choses, c’est à vous de fixer le cadre thérapeutique.

On se dit tu ? Un passage plein de sens

Si le vouvoiement est le mode de communication instauré dès le départ, au fur et à mesure de l’avancée dans la thérapie et des liens qui se créent, la relation peut évoluer vers le tutoiement. Ce passage peut se faire dans différents contextes. Les questions à se poser étant : Est-ce que cela annule la distance thérapeutique ou pas ? Qui fixe les modalités de la relation ?

Vous rencontrez votre patient dans un contexte non professionnel : la nature de la relation change, le « vous » devient inapproprié, le tutoiement est possible au retour en cabinet  mais vous pouvez aussi revenir au vouvoiement afin de bien marquer les différences de situations.

Le patient vous demande de passer au tutoiement : c’est vous qui fixez le cadre de la thérapie, il vous appartient donc d’accepter ou de décliner sa proposition en fonction du contexte. Si c’est quelqu’un qui a tendance à déborder du cadre, il est préférable de refuser, en expliquant les raisons.

Vous glissez naturellement vers le « tu » : ce passage marque une proximité plus grande dans votre relation. Attention toutefois à ne pas glisser vers une relation de copinage qui nuirait à la thérapie, les autres éléments fixant le cadre doivent rester stables.

Une fin de thérapie : L’adoption du tutoiement peut marquer une avancée, que la personne se considère maintenant comme votre égal, qu’elle n’a plus besoin de la thérapie, qu’elle peut sortir de ce cadre-là.

En définitive,  vouvoiement ou tutoiement, vous l’aurez compris, le choix se fait en fonction du contexte, l’essentiel étant d’avoir bien conscience de ce que ce choix implique, pour maintenir une juste distance professionnelle.

Et vous, quelles sont vos  prises de position en tant que thérapeute alternatif ? Partagez vos expériences et votre point de vue avec la communauté Omyzen en commentaire !

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