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Thérapies manuelles : comment éviter les ambiguïtés ?

Quelle masseuse ou réflexologue n’a pas déjà reçu un coup de téléphone avec des questions ambiguës (« Vous pratiquez quel genre de massage ? ») ou carrément abruptes (« Vous faites les finitions ? ») ? Laquelle n’a pas eu affaire à un client lui faisant des propositions indécentes ou ayant des gestes déplacés ? Des situations embarrassantes, qu’on ne sait pas toujours comment gérer et qui peuvent dévaloriser votre posture de thérapeute alternatif. Comment s’en prémunir ? Comment les gérer ? Peuvent-elles ouvrir de nouvelles pistes de thérapie ? Omyzen vous donne ses préconisations.

La méthode radicale : Women only

Pour éviter tout risque de débordement,  vous pouvez carrément refuser de recevoir une clientèle masculine. Il vous suffit de faire une petite annotation « Soins réservés aux femmes » sur vos visuels. Considérez tout de même que vous évincez de votre clientèle potentielle la moitié de la population ! Et puis la majorité des hommes a réellement besoin de vos services, sans forcément avoir une idée derrière la tête. Entre le travail physique dans le bâtiment ou l’agriculture, le stress et le surmenage des emplois de bureaux, les accidents et lésions dues au sport, et tous les problèmes liés à l’âge, le corps et les nerfs des hommes sont soumis à rude épreuve et il serait dommage qu’ils ne puissent pas bénéficier de vos soins. D’autant qu’il est tout à fait possible de se protéger des débordements, en posant tout simplement un cadre spécifique aux thérapies corporelles.

1)    En amont : envoyer un message clair.

En matière de relation patient/thérapeute, la première personne qui amorce le dialogue, c’est vous. En effet, le client potentiel aura connaissance de votre activité par les supports de communication que vous aurez vous-même crée. Reste le bouche à oreille, mais si vous exercez de manière professionnelle, il y a peu de chances qu’un client pas clair vous soit envoyé par quelqu’un que vous avez déjà traité.

Rappelons que les règles qui encadrent les thérapies manuelles interdisent  les relations intimes avec les patients. Ainsi l’article 4 du code de déontologie des ostéopathes stipule : « L’ostéopathe doit observer à l’égard de ses patients une attitude empreinte de dignité, d’attention et de réserve. Il doit s’abstenir de toutes relations ou déviances à caractère sexuel avec eux. »

Le choix des mots, la douceur des photos

Revenons aux supports de communications : les couleurs, les mots, les images que vous choisirez pour vos flyers, votre site ou votre plaque, sont autant de codes qui envoient un message à l’inconscient de votre destinataire. Donc en les choisissant, demandez-vous ce qu’ils évoquent. Et bien entendu, si vous voulez être tranquille, évitez les appellations « Massage tantrique, intégral , naturiste, body body ».

Même si vous êtes peut-être très loin de cet univers, ayez bien en tête qu’aujourd’hui, entre les scandales des salons de massage chinois et les petites annonces sur Vivastreet,  le massage représentent l’alibi n°1 pour dissimuler des pratiques de prostitution. Il y a donc clairement des hommes, qui se tournent vers le massage, en visant autre chose.

Veillez donc, dans votre communication, à bien vous placer dans le registre du soin et non celui de la sensualité. Les couleurs sombres, les roses rouges, les photos de femme dénudée entre ombre et lumière, tous ces éléments sont connotés et risquent de créer l’ambiguïté.  Préférez les tons d’avantage reliés au bien-être et penchant vers l’univers médical : blanc + bleu clair, mauve, vert anis…

Après l’aspect visuel, viens le choix des mots. Pour casser l’ambivalence des  slogans équivoques type « un pur moment de détente et de plaisir », n’hésitez pas à évoquer les pathologies  que votre pratique peut soulager : troubles digestifs, stress, maux de tête… Cela montrera à votre lecteur, le contexte dans lequel vous vous placez.

Et pour mettre les choses bien à plat, vous pouvez toujours ajouter sur vos supports de communication la fameuse annotation : « massage à caractère non sexuel »

Les modes de diffusion

Prêtez également attention à la manière dont vous diffusez votre comm. Des fly déposés dans une salle d’attente de médecin ou dans un magasin bio auront peu de chances d’attirer des hommes « intéressés ». Les laisser au bureau de tabac, à l’épicerie, sur les pare-brise, vous expose d’avantage à recevoir des coups de fil inappropriés. Et si vous mettez votre numéro sur les pages jaunes, ou des journaux locaux grand public, avec comme seul titre « massage », gare au harcèlement téléphonique ! Heureusement il vous reste encore…

2)    Le filtre du téléphone

Aujourd’hui, rares sont les séances de soins qui ne se font pas « sur rendez-vous uniquement ». Vous avez donc la possibilité de clarifier les choses lors du premier entretien téléphonique. Si c’est un client que vous n’avez jamais reçu, mettez de côté l’enthousiasme lié au fait d’avoir un nouveau client, et pensez à lui poser certaines questions pour cerner la personne :

  • Comment avez-vous eu connaissance de mon activité ? / Êtes-vous recommandé par quelqu’un que je connais ?
  • Quelles sont vos attentes/besoins par rapport à ce soin ?
  • Est-ce que vous venez pour un trouble particulier ?

Pour contrecarrer l’éventuelle subtilité de ses réponses et clarifier encore plus la situation :

  • Présentez votre travail, décrivez une séance type.
  • Si besoin, précisez le caractère non sexuel de votre prestation.

Ce premier échange permet généralement d’éliminer les personnes qui vous contactent volontairement pour avoir autre chose que ce que vous proposez. Reste maintenant tous ceux qui n’avaient pas forcément d’idées derrière la tête, mais que l’ambiance chaleureuse, les bougies, la sensualité de certains mouvements, vont mettre en émoi. Comment éviter d’éveiller des désirs qui ne sont pas les bienvenus ?

3)    Qu’est-ce que vous dégagez ? Quelles règles vous fixez ?

On ne le dira jamais assez l’identité visuelle d’un thérapeute, est reflétée par ses outils de communication, mais aussi par son apparence physique, vestimentaire et l’aménagement de son cabinet. (Cf  Comment s’habiller quand on est thérapeute alternatif ? )

En matière de thérapie manuelle, le dress code c’est donc :

  • Vêtements souples et confortables. Évidemment, difficile de faire du shiatsu en jupe moulante. 😉

Mais aussi :

  • Apparence et tenue sobre et « neutre »: si vous voulez qu’on vous regarde dans les yeux (et que vous-même regardiez l’autre avec des yeux de thérapeutes 😉 ), il est préférable de laissez pour un autre contexte votre nouveau rouge à lèvre cerise, ce débardeur très décolleté ou le leggins moulant avec tee-shirt au ras du nombril.

Dans bien des situations, la tenue à elle seule permet de fixer des règles d’interactions. Vous ne vous adresserez sans doute pas de la même façon à quelqu’un qui porte une blouse de peintre, ou une robe de magistrat. Vous pouvez d’ailleurs utiliser cette neutralité de l’uniforme qui impose le respect, en portant une tunique d’esthéticienne. Avec votre nom ou enseigne brodée dessus, c’est encore mieux !

Un espace qui évoque le sérieux :

Vous pouvez aussi jouer sur l’aménagement de votre salle de soin et le déroulement de votre séance pour lever les incitations aux débordements. Si vous avez de l’appréhension vis-à-vis d’un client, pour lui pas de lumières tamisées, de musique ou de senteurs qui évoquent la sensualité.

Nudité ?

Le rapport au corps, et à la nudité est forcément culturel, et en même temps très personnel. Certaines personnes sont très à l’aise avec le fait de montrer l’intégralité de leur corps, celles qui pratiquent le naturisme par exemple. Elles préfèreront sans soute recevoir votre soin sans aucun vêtement. Là, à vous de voir si cela vous convient ou pas en fonction de votre propre sensibilité. Voyez aussi la possibilité de les couvrir tout de même partiellement avec un tissu. Pour les patients avec qui il pourrait y avoir ambiguïté, il est préférable d’exiger la couverture de ses parties intimes.

Le langage du corps

Pour bien marquer une différence entre le contact corporel que nécessite votre mode de thérapie et votre relation patient/ thérapeute, prenez soin de garder une distance physique dans les moments qui entourent la pratique. Pour les clients « à risque » :

  • pour saluer, serrer la main plutôt que faire la bise, pas d’accolade
  • pas de contact physique en dehors du soin
  • soyez assis à une certaine distance pendant le temps de l’entretien
  • si la personne se dévêtit, laissez là s’habiller, se déshabiller  hors de votre vue
  • Sans être froide et distante, restez pro.

Et pour éviter que ça ne dérape, les règles doivent être strictes : c’est vous qui touchez le client, lui il n’a pas à vous toucher.

4)    Que faire quand ça dérape ?

La réaction « à chaud » :

Si un client commence à vous saisir le poignet, à bouger son bassin, à vous faire un bisou sur l’épaule, tout autre geste déplacé, ou signe manifeste d’excitation sexuelle, dans un premier temps,  je vous conseille :

  • d’arrêter immédiatement le soin
  • de mettre des mots sur ce qui se passe
  • de rappeler la règle. Exemple : « C’est moi qui masse, pas vous. » « Le soin est fait pour vous détendre, pas pour vous exciter. »
  • de ne reprendre le soin qu’après vous être assurée qu’il est d’accord pour respecter votre cadre

Précisons que tout cela peut se faire avec humour, pour aussi dédramatiser la situation et rester à l’aise pour la suite du soin.

Dans un deuxième temps : ouvrir la discussion ?

Au-delà, de la gêne que peut occasionner  un comportement déplacé (pour l’un comme pour l’autre), ce type d’acte est chargé de sens. Vous pouvez utiliser un dérapage pour ouvrir un espace de discussion avec la personne. Frustration, violences sexuelles, problèmes d’érection, addiction à la pornographie, les problématiques physiques et psychologiques  liée la sexualité sont nombreuses.  Reparler de ce qui s’est passé quand le soin  est terminé peut être l’occasion d’aborder ce sujet délicat avec votre patient, ce sera peut-être pour lui une opportunité rare de partager quelque chose de vraiment difficile à vivre. Et pour vous, le moyen aussi de maintenir  votre posture de thérapeute. Rappelons également le processus du transfert, selon lequel le patient projette sur son thérapeute des désirs et fantasmes qui ne lui sont pas réellement destinés.

Si un réel problème est soulevé, vous pouvez choisir ensemble d’en faire un sujet sur lequel travailler en séance. Savoir être touché sans y mettre de connotation sexuelle, prendre confiance dans  sa capacité à s’épanouir en couple, ou encore être capable de maitriser ses pulsions, peuvent être des pistes de développement personnel très libératrices.

Et si ce n’est pas de votre ressort, vous pouvez le rediriger vers des personnes compétentes : quelqu’un qui pratique le massage intégral ou tantrique, un(e) sexologue, une psychothérapeute, un médecin.

Dans un troisième temps : et si ça venez de vous ? (aie !)

Surtout s’ils sont récurrents, les dérapages peuvent être des occasions de remise en cause personnelle.  Questionner votre propre rapport au corps, à l’autre, à la sexualité. Est-ce que –sans vous en rendre compte- vous êtes dans la séduction, même dans votre travail ? Est-ce que vous avez-vous-mêmes des pensées ou des croyances à assainir ? Des peurs à apaiser ? Les hypothèses selon lesquelles « On attire ce que l’on redoute », « ce qu’on est » ou encore « ce que l’on croit mériter » peuvent être intéressantes pour guider votre introspection…

Et vous ? Avez-vous eu expériences de dérapage ? Comment vous en êtes-vous tiré ? Quels sont vos « trucs » ou changements profonds pour les éviter ?

Dans la même thématique, vous pouvez(re)lire :

Quand le patient dépasse le cadre 

Comment poser un cadre thérapeutique sérieux et sécurisant ?

Remarque : cet article a été rédigé avec la situation d’une femme en praticienne et d’un homme en client, nous avons fait ce choix parce que c’est la configuration la plus courante au sein de laquelle  il y a des ambiguïtés. Mais des débordements peuvent évidemment avoir lieu quand le thérapeute est un homme et le receveur une femme, voir entre deux personnes du même sexe.

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