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Quand le patient dépasse le cadre

Dans un précédent article, nous avions vu Comment poser un cadre thérapeutique sérieux et sécurisant ?

Vous avez tout mis en œuvre pour cadrer votre séance de travail. Malgré tout, il y a toujours des personnes pour déborder du cadre. Qu’est-ce qui se passe quand un patient outrepasse les règles que vous avez fixées ? Quel sens donner à ces actes et comment y réagir ?

Quand peut-on dire qu’un patient sort du cadre thérapeutique ?

Un patient dépasse les limites du cadre, quand il a un comportement qui ne respecte pas le fonctionnement que vous avez fixé explicitement ou auquel vous vous attendez implicitement. On peut citer :

  • Arriver en retard: si c’est exceptionnel cela peut s’entendre mais si c’est récurrent, nous verrons que c’est un acte plein de sens. La personne peut aussi arriver systématiquement très en avance, ce qui est révélateur aussi.
  • Ne pas venir à la séance sans prévenir, ou en prévenant moins de 24h à l’avance.
  • Ne pas régler la séance, négocier le tarif
  • Imposer une parole au-delà du temps de séance : la personne sait que son temps est écoulé et continue à parler sans que vous ne puissiez l’arrêter.
  • Avoir des gestes déplacés: le patient n’est pas censé toucher le thérapeute, même dans les thérapies manuelles.
  • Téléphoner à des heures indues: contacter le thérapeute en dehors de ses heures de travail (le week-end ou après 20h) peut être une manière de rentrer dans sa sphère privée.
  • Poser des questions au thérapeute sur sa vie personnelle, le tutoyer sans son consentement : A ce sujet vous pouvez lire aussi : Relations patients/thérapeute : tutoiement ou vouvoiement ? 

Pourquoi le patient dépasse le cadre ?

Quand vous avez identifié un débordement, demandez-vous ce que ça signifie, questionnez :

Le rapport à l’autre :

Dépasser les limites peut être pour le patient, une manière de tester son thérapeute, comme un enfant testerait son parent pour évaluer sa solidité et se rassurer. Prenez en compte ce fameux mécanisme de transfert, par lequel le patient rejoue son histoire à travers vous. Quel rôle projette-il sur vous ? Comment ces actes font-il sens dans sa problématique ? Est-ce qu’il avait des parents défaillants et qu’il n’est pas habitué à respecter un cadre ? Enfant, est-ce qu’il palliait un manque d’attention en se faisant remarquer par un comportement rebelle ? Y a-t-il eu des problèmes d’attouchement, d’inceste qui ont perturbé son rapport au corps et à l’intimité ? Le patient parle aussi par son comportement, remettez son acte de dépassement dans sa problématique pour en saisir la signification. Ce sujet peut être pris comme un objet de discussion dans le cadre de la thérapie.

Le rapport au temps :

Le  manque de respect des horaires n’est pas à prendre en compte de la même manière si il est exceptionnel ou récurent.  Le sens sera également différent si la personne est en retard seulement à ses rendez-vous thérapeutiques ou si c’est une retardataire incorrigible dans d’autres domaines de sa vie quotidienne.  Si la personne est systématiquement en retard, cela peut révéler :

  • Une peur de venir au rendez-vous, une appréhension : pourquoi ? Aborder ce sujet peut être l’occasion de discuter avec la personne de ce qui la met en difficulté et de la manière d’y remédier. Cela peut être lié à l’appréhension du travail qui se fait en thérapie ou révéler un manque de confiance en soi en général.
  • Une personnalité narcissique : en se faisant désirer, la personne prend votre temps et retient votre attention, la personne « brille par son absence », cela peut témoigner d’un ego surdimensionné, d’une volonté de prendre le pouvoir. Ce type de personnalité n’affichera aucune gêne à être en retard, au contraire.
  • Un manque d’estime de soi : la personne qui se dévalorise aura tendance à se mettre  en difficulté en créant des situations où elle est gênée. C’est souvent le cas pour les personnes qui culpabilisent énormément d’être en retard et en profitent pour se dénigrer.

Le rapport à l’argent :

Pour les personnes qui ne règlent pas à temps ou demandent à payer moins, explorer aussi différentes hypothèses :

  • Est-ce que la personne est réellement en difficulté financière ?
  • Est-ce qu’elle a du mal à gérer ses finances ?
  • Est-ce qu’elle n’accorde pas de valeur à votre travail ? à sa thérapie ? à elle-même ? …
  • Est-ce qu’elle cherche à prendre le pouvoir ?
  • Quel est son rapport à l’argent ?

Votre aptitude à poser le cadre :

Si vous êtes confronté à ce genre de problème de manière récurrente, évaluez votre responsabilité dans l’affaire : est-ce que ce n’est pas vous qui n’avez pas posé un cadre assez clair ? Est-ce que vous avez laissé passer des petites incartades et que le client a fini par prendre ses aises ?

6 mauvaises raisons de ne pas tenir fermement un cadre

Voyons quelles raisons peuvent vous pousser à laisser le client déborder :

  • Peur du conflit: « Il risque de se mettre en colère et je ne veux pas de confrontation. »
  • Peur du jugement et du rejet: « Il va penser que je suis trop stricte et ne voudra plus que je le suive. »
  • Peur de manquer (de clients, d’argent): « Il risque de ne pas revenir et ça va me faire un client de moins. »
  • Syndrome du sauveur: « C’est avant tout lui qui a besoin d’aide, je dois prendre sur moi pour l’aider. »
  • Syndrome de l’imposteur: « Je ne me sens pas légitime de lui demander tant, c’est normal qu’il négocie. »
  • Culpabilité: « Si il ne va pas bien, ce sera de ma faute. »

Ces moteurs d’action, alimentés par des peurs ou des déséquilibres, ne peuvent mener à une relation thérapeutique épanouissante pour vous et votre patient. En fonctionnant avec, c’est vous qui courez différents risques : ne pas être payé, vous épuiser, perdre votre crédibilité.

Comment réagir ?

  • Se questionner: ce type de comportement invite à l’introspection, il peut révéler que vous n’avez pas défini le cadre assez clairement. Est-ce que vous avez bien énoncé les règles à la première séance ? Est-ce- que votre attitude invite à trop de familiarité ? Est-ce que vous avez des peurs ou syndromes à travailler ?
  • Questionner le patient : mettre des mots sur ce qui vous gêne et mettre en lumière ce qui se joue pour lui à travers son comportement. Cela peut être pris comme un élément de travail à intégrer dans la thérapie.
  • Rappeler la règle: Cela peut se faire en début ou en fin de séance, posez de nouveau les règles du jeu, de manière neutre et objective, sans tension.
  • Passer un contrat : « Si vous voulez prendre un temps de parole de 30 minutes, le temps de massage est réduit à 45 minutes. »
  • Fixer une deadline : « Vous avez jusqu’au 25 juin pour me régler la séance, le cas échéant je serais contrainte de suspendre les séances momentanément. »
  • Prendre des mesures: « Toute séance non décommandée 24h à l’avance est due », « Je vous demanderais de régler en début de séance, sinon la séance n’aura pas lieu. »

Ecoutez en Podcast: Annulation de RDV, comment éviter que les clients vous posent un lapin ? 

En résumé, quand le patient dépasse le cadre, c’est une occasion d’en savoir plus sur lui, sur vous et de travailler ces informations dans la thérapie ou dans votre rôle de professionnel.  Faire respecter les limites du cadre thérapeutique vous permet d’exercer plus confortablement et offre au patient qui l’aideront à mener à bien son travail sur lui.

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